LA DOUBLE CONSCIENCE UNIFIEE


 

En préambule à cet essai sur la neoconscience, je recommande chaleureusement la lecture du livre :

"Graines de Conscience" de Sri Nisargadatta Maharaj aux éditions "Les Deux Océans".

 

 

Il y a beaucoup de mensonge tout autour de nous; notre environnement est construit de mensonges, non pas uniquement par la faute de la société et de ses codes altérés, mais parce que il y a forcément un envers et un endroit, et que l'on est forcément d'un côté ou de l'autre.

En fait, le mensonge est très souvent le résultat d'une grossière erreur, d'une inadéquation, d'un quiproquo.
Ce qui détermine le bon ou le mauvais, le vrai ou le faux, le joyeux ou le triste, le souffrant ou l'agréable, c'est l'accord ou le désaccord (au sens auditif) entre notre vibration intérieure et notre echo extérieur, mais aussi entre notre conscience-source (conscience-mère) et notre conscience ordinaire.

C'est à partir de ce constat que l'on peut envisager le principe d'une double conscience, aussi réelle d'une part que de l'autre : une endoconscience (apareksha), celle du petit moi, du moi 1, moulinée par la pensée, ordinaire, limitée, personnelle, qui pense "je suis moi", et une exosconscience (pareksha), celle du moi 2, investissant complètement (en miroir) ce qui est extérieur, et qui pense "l'Autre est moi".

Cette double conscience, lorsqu'elle est unifiée et simultanée (néoconscience), est la première étape vers la conscience d'éveil, où la conscience-Source "épouse" alors la néoconscience, avec présence, douceur et félicité (sat-chit-ananda).

C'est une forme de conscience intégrative, à la fois dynamique et passive, duale et non-duale, qui est au-delà des tiraillements des préférences. (cf Isha Upanishad)

Même s'il n'y a pas de méthode au sens strict, il y a une évidence, c'est l'aspect principiellement binaire de l'univers, et l'importance de porter en soi l'intégration des deux pôles qui définissent a minima notre champs d'expérience, qu'ils soient différenciés par le temps ou par l'espace.

Utiliser un mode de conscientisation basé sur la symétrie permet rapidement un recentrage sur ce qui est vraiment, à la fois sujet et objet probable de notre être en manifestation.

 

Pour mieux apprécier l'importance du rétro-karma (pareksha prarabdha karma), il est donc important de pouvoir développer la double conscience - ou néoconscience ordinaire - endoconscience/exoconscience (endo-conscience, la conscience en soi, le je, qui se définit distinctement de l'Autre; exo-conscience, la conscience qui est l'Autre, qui peut aussi se confondre  avec une projection du je sur l'Autre, et qui est aussi la manifestation de mon potentiel de devenir dans ce qui est en dehors de mon individualité physique).

Les deux consciences englobent la totalité des possibilités de manifestations karmiques liées à notre individualité, et leur intégration permet la résorption d'agami karma et la réalisation du swadharma. Le rétro-karma n'est qu'un outil d'observation de l'actualisation karmique au service de la double conscience.

Quand les deux consciences sont en contradiction, en conflit, il y a paradoxe, car il y a décalage.

L'intégration simultanée en une conscience unique est à proprement parler le métadoxe, qui est aussi un des aspects de la néoconscience, la double conscience unifiée, qui par "mariage" avec la conscience-source devient la Conscience d'éveil.

Dans l'esprit de cette double conscience, ou conscience double, on trouvera des évocations proches dans les oeuvres de J.Krisnamurti (observateur vs observé), dans les darshans traditionnels de l'Inde (dvaïta vs advaïta) dans le Vedanta (jivatman vs atman), dans la symbolique de Janus, ou encore d'une manière plus moderne chez Saussure ou Lacan (signifiant vs signifié), la relativité générale et la physique quantique (gravitation quantique), etc...

 

LA MEDITATION BINAIRE


Comment utiliser la dualité comme source d'équilibre

 

Un moyen très simple et très rapide d'entrer dans la méditation sans entrer dans un "système" est de pratiquer la différenciation latérale, (pendulaire, binaire), ne pas chercher à se focaliser sur un point central (dharana) mais alternativement sur deux points symétriques.

Nous sommes englués dans la dualité, dans les contradictoires, les opposés, et pourtant nous revendiquons constamment l'unicité : mon identité, mon corps, ma conscience, etc...

Le corps est dans l'espace et il a un côté gauche et un côté droit, mais nos sensations se font majoritairement en stereo. Notre dévoué cerveau a pris en charge ce qu'il croit être une intégration, et qui n'est en fait qu'une évaluation, cela prend le nom de relief sonore, accomodation (focus), de perspective, etc...

Si l'on isole rien que par l'observation la position de la main (cela peut être l'oreille) gauche (à gauche) de celle de la main droite (à droite), il y a alors deux perceptions successives uniques, sans création de relief, et une espèce de poids géospatial de chaque observation, sans nullement entraver la capacité du cerveau de faire ses calculs s'il le souhaite.

Ce basculement latéral de la conscience d'un côté vers son côté symétrique (par rapport à ce centre "hautement probable" que l'on aimerait bien atteindre...), est aussi un rappel de l'équilibre précaire sur lequel est fondé notre individualité.

Cette expérience peut se faire avec chaque membre ou organe qui a son symétrique (yeux-vue, oreilles-son, pieds-contact, genoux, etc...)

Par exemple, dans une marche consciente, on ne cherchera pas à transformer la perception du sol en sensation, mais uniquement à ressentir la latéralité : sensation gauche, sensation droite, sensation gauche, sensation droite, etc.... (le fameux un-deux des fantassins en France ou gauche-droite ailleurs)

Pour être plus précis, la perception du sol établit un lien, une relation de l'extérieur de soi vers l'intérieur de soi (endoconsciente) et utilise le système de filtrage et d'évaluation cérébral et neuronal, alors que la conscience binaire se situe hors de toute relation, donc totalement libre. La conscience n'a alors pas d'objet comme support comme le sol, ou le désir de présence, d"être là", mais juste une expérience, et une disponibilité sans objet.

La méditation binaire est un processus stabilisateur à la fois complémentaire et préparatoire à la neoconscience.

Ce passage en conscience alternée gauche-droite est déjà utilisé en médecine Ayurvédique (Shirodhara), mais aussi en EMDR.

 

LA CONSCIENCE D'EVEIL


L'attention au trikarma comme support

 

La conscience d'éveil qui est la conjonction de la conscience source et de la néoconscience  est intellectuellement assez simple à présenter, mais l'idée d'une simultanéité binaire, puis ternaire, est-elle possible?

La conscience peut-elle investir le champ de son expérience dans deux perceptions symétriques mais apparemment opposées?

Si l'on est capable d'entendre un seul son avec deux oreilles ou de voir un seul arbre avec deux yeux, alors la réponse est oui... mais cela nécessite un apprentissage pour accommoder (focaliser) au plus juste.

C'est de cette accommodation dont nous allons parler maintenant.

 

La conscience est la mère de toutes les perceptions, mais de notre point de vue humain, elle se définit justement par les perceptions qui en découlent et qui sont liées au système sensoriel.

Avant le ressenti (qui est filtré) il y a le perçu, qui est parfois non étalonné.

D'après l'hindouisme, il y a en fait un étalonnage permanent et relatif à l'actualisation des samskaras, le plus souvent regroupés par analogies de manifestation et que l'on appelle alors des vasanas. (les samskaras sont les mémoires de ce qui nous a impressionné, émotionnellement. Ce sont des énergies qui portent du sens lié au contexte qui les a fait naître, mais pas de forme spécifique. Par exemple, une impression stockée de manière visuelle "ressortira" dans un contexte visuel.)

 

Les vasanas se produisent pour alimenter le prarabdha karma, celui qui échoit à l'instant présent.

Les différents "systèmes" d'approche de la connaissance en Inde visent une connaissance transcendentale, métaphysique, ce qui explique qu'ils puissent cohabiter de manière tout à fait orthodoxe malgré leurs oppositions apparentes. Par exemple dvaita (dualisme) et advaïta (non-dualisme) sont censés mener à la même conscience d'éveil et à la libération des chaînes du samsara. Mais quels que soient les systèmes impliqués dans la recherche, ils acceptent tous le principe de la causalité par l'action (karma) et le fait que cette action qui conduit les manifestations du Soi peut trouver un équilibre qui la libère du mouvement perpétuel (samsara) qui l'enchaîne dans les manifestations successives. Cet équilibre, c'est anagami, qui est un état d'action pure, car juste (dharma), libératoire (mukti) et en congruence avec les grandes lois universelles. bien qu'ayant des développements et des argumentaires différents.

La recherche de la conscience unifiée ne peut donc pas éviter cette notion fondamentale, et pour ramener l'exercice à un niveau pratique et humain, il est indispensable d'en tenir compte.

Pour cela, nous avons un précieux guide qui est Krishna lui-même lorsqu'il conseille Arjuna dans le Mahabaratta et lui explique l'importance du dharma et du karma sous ses trois aspects.

 

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